Nous quittons Boutigny en longeant l'Essonne pour nous engager un peu plus loin dans le fond Pollon. Après une belle grimpette, nous nous retrouvons sur le plateau ensoleillé. Nous le traversons rapidement pour redescendre dans la vallée Marceau où nous découvrons Videlles et son église St Léonard.

A savoir : les premiers habitants de Videlles se cachent dans les abris gréseux il y a 4800 ans. Au 12ème siècle, Videlles dépend de l'archevêché de Sens. Louis VI dit le Gros donne les terres aux religieuses de Yerres en 1134 qui édifient l'église St Léonard. En 1220, Simon de Montfort offre une grange aux religieuses de Port Royal. Après la guerre de cent ans, l'église est agrandie, mais durant la Fronde du 17ème, le village est pillé. Le curé Heynaud écrit dans son registre paroissial le nombre de personnes ayant mangé des cadavres, parmi les 400 morts au siège de la ville d'Estampes en 1652. En avril 1814, Napoléon déjeune à la Padole (au nord près de Mondeville) et surveille les combats des Cinquante entre Varennes et les Roches. Le village vit de l'agriculture (élevage, cultures céréalières et potagères, vignoble), mais aussi avec les carrières de grès.
Arrivés devant les Roches, nous bifurquons vers l'Abattoir, installé au bord du Gr11. Nous rejoignons la stèle des francs tireurs pour gagner le manoir de Dannemois, l'église St Mammès et les lavoirs.

A savoir : située sur la rive gauche de l'Ecole, la seigneurie de Robert de Dannemois est citée dès le 12ème siècle. L'église du 11ème se voit embellie de travées voûtées d'arêtes durant le 13ème. En 1350, la seigneurie est partagée entre les deux filles héritières et le manoir fortifié prend le nom de La Louvetière. Réunie en 1601 par la famille Clausse, le domaine dépend alors des seigneurs de Courances. En 1652, pendant la Fronde, le marquis de Bucy fait piller le village et détruire les archives. Plus tard, en 1870, un bataillon de francs tireurs parisiens y attaquent la cavalerie prussienne, tuant le prince Horn et une centaine d'huans. Le village subit ensuite de fortes représailles avec 15 maisons incendiées. Par ailleurs, avec 1,5km de rivière gonflée de sources, le village compte pas moins de neuf lavoirs, dont deux encadrent le pont de Loutre. Deux fois l'an, les fermes voisines viennent y faire leur grande lessive, quitte à battre le linge en pleine nuit. Durant le 20ème, le manoir devient exploitation agricole, puis hôpital de campagne en 1940, avant d'être acquis par les sculpteurs Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. La fermeture progressive des carrières ramène le village à une activité typiquement rurale qu'apprécie Claude François, enterré au village.
De là, nous suivons le cours de l'Ecole qui nous conduit directement au château de Courances. A ses côtés, se sont réunis les hameaux de la Tuilerie, la Grange rouge et le Petit Paris.

A savoir : le domaine de Courances est la propriété de seigneurs connus pour leurs faits d'armes : Henri, maréchal de France, meurt en 1268 durant la bataille de Tabliacozzo. L'église St Etienne est érigée au 12ème avec un choeur quadripartite. Son clocher est fortifié au 15ème et flanqué d'une tour d'angle. A partir du 16ème, l'histoire du village se confond avec celle de ses seigneurs. Cosme Clausse, qui détient déjà Fleury en Bière, secrétaire des finances d'Henri II, achète Courances en 1550. Il fait raser le manoir médiéval et construire un château en briques et pierres, par l'architecte Gilles le Breton. Il commence à en aménager le parc où il reçoit des hôtes prestigieux. Les propriétaires suivants, les Gallard, achèvent l'embellissement du parc dès 1622. Abandonné après la révolution, le domaine est repris par le baron Haber en 1870, qui entame sa restauration. Occupé par les allemands dès 1940 et dégradé par l'explosion d'un stock de munitions en 1944, le domaine est sauvé par les descendants de Haber, les marquis de Ganay. Le parc, aujourd'hui considéré comme l'un des plus beaux de France, est labellisé "Jardin remarquable".
Après avoir contourné le parc, nous découvrons, au bord de la rivière, le joli moulin Grenat. Puis nous entrons dans le village de Moigny sur Ecole, dernier lieu d'exploitation de grès de pavage utilisé dans le cadre de restaurations. Nous en profitons pour jeter un regard à l'église St Denis, et au lavoir tout proche.

A savoir : propriété des templiers de Beaudelu au 13ème siècle, le moulin est incendié en 1422 puis reconstruit sous Louis XI. Il passe ensuite entre les mains de diverses familles avant d'être racheté par le meunier Prévôt, collectionner de tableaux, bornes et vestiges archéologiques, qui initie sans doute la légende selon laquelle Jeanne d'Arc, de retour de Sully, descend au moulin en mars 1430. Le moulin reste actif jusque vers 1950. Le gué sur lequel il est construit, entre Courances et Moigny, est toujours utilisé comme tel. A Moigny, l'église érigée au 12ème subit de nombreux remaniements : abside, choeur et piliers au 13ème, tour clocher fortifiée au 15ème... Le calcaire d'Etampes est remplacé par du grès de carrières locales à partir du 18ème. Avant le début du 20ème, la lessive est faite directement dans la rivière. Avec la construction du lavoir, alimenté par une source et abrité sous deux toits formant un impluvium, un hameau se constitue avec gué, moulin, maison noble, église... Par son eau surgissant à 14° à la base du coteau, toutes les conditions sont réunies pour produire ici du cresson depuis 1896.
Reprenant notre chemin, nous descendons vers le sud. En suivant le Pr, nous traversons le bois des pauvres où se dresse le cyclop, sculpture de Tinguely et St Phalle, puis nous arrivons à Milly la forêt, où nous découvrons l'église Notre Dame, la maison du gouverneur, la halle.

A savoir : le bourg de Milly est crée en l'an 285 avant JC par Dryus, roi des Gaules, pour servir de centre d'initiation druidique (voir le menhir de la "Pierre droite"). Il est alors situé sur la voie romaine (chemin de Grimery). En 52 avant JC, un camp romain s'installe à l'ouest de la rivière, à la place du conservatoire des plantes aromatiques. Avec le couronnement de Dagobert 1er en 623, Milly devient propriété de la famille d'Anjou. Jusqu'au début du 6ème siècle, un embryon de cité se concrétise. Doté d'un hôtel Dieu au 7ème, la ville qui est située sur la route de Compostelle et des Croisades prospère tranquillement. Cependant, la population est bientôt frappée par la lèpre. L'hôtel Dieu fondé par les moines, ne peut y accueillir les malades. Alors dès le retour de la prospérité, Guillaume de Milly offre une maladrerie à la ville en 1136. Les templiers en sont les tenanciers. La chapelle romane en sortie de ville en est l'unique témoignage. La cité est érigée en baronnie par Philippe 1er, et doté d'une chapelle attenante au château féodal. Durant les 12ème et 13ème, l'église est élevée au rang de collégiale, avec un clocher de 57m. La ville est totalement incendiée durant la guerre de cent ans. Sous l'impulsion de l'amiral de Graville, la ville se relève. Bâti sur les fondations du château du 11ème, le château est reconstruit vers 1475. La forteresse a charge de contrôler le passage de la rivière par le pont de la Corne. L'abreuvoir situé en amont sert de douve autant que de retenue d'eau, qui permet par ailleurs d'alimenter une série de moulins en aval. Avec l'autorisation du roi Louis XI, une halle de 730m² avec 48 piliers est créée en 1479 tandis que l'église est reconstruite. Enfin, des remparts sont édifiés vers 1500 (actuelles allées plantées de tilleuls). Un marché quotidien et trois foires annuelles animent la cité qui obtient rapidement les faveurs d'Henri IV. Un hôtel particulier (maison du gouverneur) est construit dans l'enceinte du château, embelli de tourelles de briques roses à l'époque de Sully. En 1633, la collégiale se voit dotée d'un portail récupéré sur l'église St Pierre qui est désaffectée. Mais Louis XIV détourne le trafic de la ville, au profit de la nouvelle nationale 7. Le lavoir du Coul d'eau est approvisionné par une source, contrairement à ceux qui s'installent le long des rivières. Son plus faible débit ne permet pas de grandes lessives mais il est utilisé jusqu'au milieu du 20ème. C'est d'ailleurs à cette époque que Milly s'illustre dans la production de plantes médicinales et condimentaires. Christian Dior, Jean Cocteau (qui achète la maison du gouverneur avec Jean Marais en 1947), Jean de Tinguely tombent sous le charme de Milly. Siège actuel du parc régional du Gâtinais et cercle d'étude des plantes médicinales, Milly a su s'imposer dans la préservation du patrimoine régional.
Nous poursuivons notre escapade sur le Gr111 qui fait le tour de la Madeleine pour gagner le Closeau et la Sablonnière. Arrivés sur le chemin royal, nous décidons d'aller voir la Pierre aux prêtres. Après la ferme des Mézières, nous évitons l'aérodrome pour filer dans la Grande vallée. En bas, le marais de Boigneville réunit l'Essonne et la Velvette, nous offrant ainsi une végétation particulière liée aux prairies humides. Pour ne pas être frappés par les fièvres estivales, nous allons prier à l'église St Léger de Buno Bonnevaux.

A savoir : l'église domine le village et l'Essonne de sa silhouette à double nef. Le choeur roman et la tour clocher datent du 12ème siècle. Elle est reconstruite après la guerre de cent ans et subit plusieurs remaniements. Au centre du village, la mairie s'est installée dans une gentilhommière. Bâtie sur les vestiges d'un manoir hameau du 14ème, appartenant aux seigneurs des Bureaux, elle est acquise vers 1570 par le chancelier Michel de l'Hospital. Le pigeonnier carré contient 480 boulins, témoigne des prérogatives des seigneurs de l'époque.
Puis nous évacuons notre sueur à la Bonde, et nous évitons le poids du Boulet en choisissant de longer les buttes de St Eloy. Enfin, après avoir dépassé les carrières, nous traversons la vallée pour rejoindre l'église St Médard à Maisse (12ème). Puis, par la prairie, nous gagnons l'église St Gervais à Courdimanche (12ème) avant de nous faufiler entre la colline des Friches et le château de Belesbat, pour achever notre circuit.

A savoir : en 1479, Louis XI séjourne dans l'ancien château de Bélesbat édifié au 15ème siècle. En 1556, Louis XII autorise son acquisition par Jean Hurault de La Grange, conseiller au grand conseil. Michel de L'Hôpital, apôtre de la tolérance, y décède dans les bras de sa fille en 1573. Henri IV fréquente régulièrement le château, dont le logis est entièrement reconstruit au 17ème. De 1706 à 1740, J.-B. Berthelot de Duchy, qui en est le seigneur, y reçoit plusieurs fois Voltaire. Ensuite, Rémy François de Chestret, bienfaiteur de Boutigny, acquiert le domaine en 1786 et le transmet par héritage au marquis de Rennepont. Il passe ensuite dans la famille Allez qui le prête comme camp d'entrainement pour l'infanterie durant la première guerre mondiale. En 1920, les Raynal le récupère, mais les allemands viennent l'occuper durant la seconde guerre mondiale. Le château, désaffecté, tombe en ruines. En 1970, l'ensemble est rasé et les douves comblées. Vendu en 1987, le château a été entièrement reconstruit.
Aperçu de cette sortie : Escapade en Gâtinais
6 commentaires:
Prems pour le débréfing
Merci Nathalie pour cette agréable rando.
Tu nous as concocté un très beau parcours.
Quand est ce que tu en refais une ?
Bonne soirée à tous.
D.
Pour une reprise ...c'est d la reprise ! n'est-ce pas Stéphane !
Plus on s'enfonce dans le sud de l'essonne ...plus c'est sauvage, plus j'adore !
A part notre Biowoman, ça manquait de vététisteeeeee....... heureusement que les gars étaient sages pour une fois !
quand à Félix, j'espère qu'il a finit son journal car il va bientôt faire nuit
Sergiô
mouais sergio....j'étais pas pressé de rentrer moi, car c'est magnifique de prendre son temps après une telle journée !.... ....mais depuis peu, les retours sont de plus en plus blindés en circulation, heureusement que je n'ai pas eu à traverser paname !
Merci Nathy pour cette balade champêtre, j'ai décidément des affinités avec le gatinais, j'aime ces étendues de verdure trés variées entre bois, champs, clairières et villages clairsemés. La beauté réside dans le fait que l'urbanisation n'a pas pris le dessus, et à ce niveau là, nous avons parcouru une très belle région ou la nature conserve encore son droit....profitons-en avant que des promoteurs sans scrupules y pénètrent...
Cerise sur le gâteau, une équipe super sympa, avec beaucoup de détours inhabituels du patrimoine bâtit dont la sépulture de Claude François, ainsi que le moulin où se font encore des animations à sa mémoire, géré par ses anciennes groupies... et des vieilles bagnoles devant le château de Courances, ainsi que l'étrange club des tables bleus (....)
Au fait, merci Didier pour avoir pris le temps d'avoir fait un super gâteau maison (ça nous change des biscuits bonne maman !). Nathy, je crois que c'est un bon parti pour une femme (...)
Et dommage que Sophie n'ait pas pu se joindre à nous....
Merci pour cette belle journée et au plaisir
Tres bon parcours encore une fois, très diversifié, et une nouvelle sérénité intérieure grace au contact du menhir !!!
Bjr chers comparses ! Eh oui, nous avons bénéficié hier d'un fort joli parcours et d'une température idéale pour profiter pleinement de cette charmante journée. :-)
Nathalie, votre guide, est toujours ravie de noter combien vous appréciez de partager ces bonheurs simples que la nature nous offre à chacune de nos escapades. Alors au plaisir de nous retrouver pour d'autres aventures culturelles et sportives. ;-)
Pour une reprise, effectivement, c'était une reprise, je dirais mieux (pour moi même), une reprise bonne pour la casse. Si je résume ma journée, je dirais que çà faisait bien longtemp que j'avais pas profité d'une aussi belle journée, avec des personnes toute pleine de sympathie et de complaisance pour ma personne. Je tiens à féliciter en particulier notre belle organisatrice qui a été au top, pleine de gentillesse et de sportivité (quelle classe !). Voilà, c'est dit.
Me concernant, en ce moment, je récupère, enfin surtout mon vélo ! Il voulait plus rien savoir !... Sûrement qu'il s'est pas remis d'apprendre que cloclo étais mort... J'espère que d'ici 2028, j'aurais récupéré et qu'on se fera une bouffe chez cloclo ; dès qu'il fait un nouveau CD, je vous fais signe, promis. Merci à vous tous et portez vous bien.
Enregistrer un commentaire