Nous prenons le temps d'échauffer un peu nos muscles en longeant un instant les bords de Seine. Puis nous bifurquons pour emprunter les côtes renversées qui nous séparent d'Hanneucourt. Enfin, nous gagnons le château de la ferme des Granges. La forêt prend ici des allures de chaos qu'il nous faut affronter à la recherche d'une fameuse Croix. Celle-ci nous conduit au château de la Chartre, bâti tout près de la fontaine St Gaucher. Plus loin, c'est le château de Brueil en Vexin qui s'offre à notre regard curieux.

A savoir : un premier écrit fait mention de Brueil en 832, comme appartenant à l'abbaye de St Denis qui y fait édifier une première église. Elle est donnée au prieuré de St Laurent par l'archevèque de Rouen en 1145. Durant la première moitié du 13ème, le chevalier Hugues de Brueil est seigneur du lieu, qui dépend alors du comté de Meulan. Mais la commune se morcelle et de 1697 à 1790, le bourg dépend du doyenné de Magny, avant d'être rattachée au canton de Limay en 1803. Dans l'intervalle, deux châteaux se construisent sur la commune. Celui de la Chartre est construit et agrandi tout au long du 19ème. Quant à la fontaine, la légende rapporte que Gaucher est mis en nourrice à la Chartre. A sa mort en 1140, le chanoine d'Aureil chargé de la cure et du prieuré de Gargenville, bâtit une chapelle à la Chartres et fait mener des processions le jour de l'Ascension auprès de la source miraculeuse. Les restaurations menées au 20ème sur divers bâtiments font disparaître la nef romane de l'église, dont le clocher est épargné.
Après être remontés sur le plateau, nous coupons le Gr2 pour atteindre la ferme de Damply et le moulin des Rigoles que nourrit la Bernon. Et après un nouvel effort, nous rejoignons le château de Jambville.
A savoir : la ferme de Damply, qui appartient à la commune de Montalet, est bâtie au 18ème siècle. Caractéristique du vexin, elle accueille aujourd'hui restaurant et brocante. Quant à Jambville, le village est mentionné pour la première fois au 11ème siècle, dans une donation faite à l'abbaye de Coulombs. Celle-ci fait construire l'église en 1023. La reine Blanche de Castille la fait reconstruire en 1148, et doter d'un clocher. A moins que cela ne soit le fait d'Agnès de Montfort qui fit ériger 16 clochers du même style dans le vexin. Sous l'ancien régime, le fief appartient au seigneur de Mézy. Celui-ci y fait bâtir un premier château, qui serte de socle à un autre, construit au 14ème et remanié au 17ème. Pendant ce laps de temps, une nef est ajoutée à l'église. En 1765, le domaine est acheté par le marquis du Tillet, qui le revend en 1775 à Thomas de Maussion, député aux états généraux à partir de 1789. Il fait aménager le parc avec notamment, un temple grec à portique. Mais accusé de conspiration contre la sûreté de l'état, il est rapidement guillotiné.
Prenant le Bout d'en Haut, nous gagnons le Bout Guyon en évitant la Pissote. Arrivés à la ferme du Hazay, nous nous engageons sur le chemin des Groseillers. Point de fruits à goûter ici, mais de Hautes bruyères et une Gueule rouge qui dévorent toutes nos forces. Heureusement, Avernes nous permet de recouvrer nos esprits auprès de l'église St Lucien.
A savoir : le lieu est occupé depuis l'époque néolithique. Une église, bâtie au 12ème siècle, est reconstruite au 13ème avant d'être incendiée en 1434, puis à nouveau reconstruite en 1491 grâce à Catherine d'Hardeville, dame d'Avernes. Un temple calviniste est élevé après 1563, tandis que Catherine de Médicis fait interdire la pratique de la religion réformée à Meulan. L'église est à nouveau détruite en 1590 (guerres de religion). Reconstruite, elle devient temple de la raison durant la révolution (voir porche gravé). A la même époque, le prince de Tingry-Montmorency, propriétaire du château bâti au 17ème, s'en trouve dépossédé. Au 19ème, le bourg se développe un peu avec l'exploitation de carrières, mais ces dernières sont progressivement transformées en étangs. Le charme du lieu attire le romancier Joseph Kessel qui vient se reposer dans sa maison de campagne, et l'éditeur Calmann Lévy qui rachète le château, avant de le céder à un orphelinat, qui le revend à son tour à une école spécialisée. Hélas, les bâtiments d'origine sont dénaturés par les occupants successifs.
En ressortant, nous choisissons de suivre le cours de l'Aubette, dont nous traversons le gué juste après Théméricourt. Une autre beauté nous attend un peu plus loin : le château de Vigny et son église St Gildard.

A savoir : le village n'est attesté qu'en 960 par l'archevêque de Rouen Hugues II. En 1504, le cardinal Georges 1er d'Amboise achète le domaine et y fait construire un château à l'emplacement du manoir des anciens seigneurs. L'édifice passe ensuite au connétable de Montmorency en 1555, puis aux Rohan en 1694. Mais c'est le comte Philippe Vitali qui le fait restaurer et reconstruire en 1867 par l'architecte Charles Henri Cazaux (ajout du donjon carré et chapelle). C'est aussi lui qui fait reconstruire l'église du 12ème qui menaçait de s'effondrer.
Poursuivant vers le sud, nous évitons Longuesse pour rester sur les berges de l'Aubette. Là, le Gr1 nous conduit à Sagy et sa belle église St Sulpice. Poursuivant notre chemin, nous passons bientôt à côté du Manoir des Maroches, puis de l'église St Pierre de Condécourt. Depuis les sablons, nous jetons un regard admiratif sur le château de Villette, encadré de ses deux plans d'eau.

A savoir : Sagy, qui est occupé depuis l'époque néolithique, est épargné par les invasions du moyen âge et par les guerres de religion, en raison de sa position à l'écart des axes de communication. L'église, érigée en 1071, est cédée par l'évèque de Rouen à l'abbaye de St Denis qui la conserve jusqu'en 1551. Menaçant de s'effondrer, elle est reconstruite au cours du 19ème siècle. Ce n'est qu'au 13ème siècle que sont mentionnés des seigneurs sur les terres de Condécourt. Pourtant, il existe déjà une église bâtie en 1148. L'un de leurs descendants, écuyer des compagnies de du Guesclin, est sommelier de Charles V. A l'emplacement d'une ancienne forteresse, le château de Villette est construit en 1663 selon les plans de François Mansart. Il est achevé par son petit neveu, Jules Hardouin Mansart pour Jean Dyel, président de la cour des aides de Normandie, ambassadeur de France à Venise. En 1786, Sophie de Grouchy, fille du propriétaire, épouse dans la chapelle le marquis de Condorcet en présence de La Fayette, leur témoin.
Nous remontons sur l'autre versant de la colline pour croiser Château Gaillard et prendre la direction d'Evecquemont. Après avoir découvert le vieux quartier dont l'église Notre Dame, nous filons voir les champignonnières dans le bois des Sarrazins, puis prenons le chemin du Paradis, pour gagner Meulan. Nous en traversons rapidement le bourg pour rejoindre le chemin de halage, nous sans avoir marqué une courte halte au pied de l'église St Nicolas.

A savoir : en 1066, la comtesse de Meulan révèle l'existence d'Evecquemont, prieuré bénédictin détenu par l'abbaye de Fécamp. L'activité tourne autour du vignoble. L'église est reconstruite au 13ème siècle, puis remaniée au 16ème. Les terres, défrichées par les moines, sont vite dédiées au vignoble. Blanche de Castille serait venue y prier et Parmentier y aurait fait ses premiers essais de culture de pommes de terre. La ruelle du donjon atteste du développement du village. Dès le 17ème, le village se dédie à l'exploitation des carrières. Mais à la fin de la première guerre mondiale, abandonnées, certaines sont reconverties en champignonnières, avec 4 récoltes toutes les 10 semaines, soit 3t de champignons de Paris par semaine. Il ne subsiste aujourd'hui que sept cultivateurs de champignons en région parisienne. Des sept églises que comptait Meulan, seule subsiste l'église St Nicolas, bâtie entre 1130 et 1150. Façade et clocher sont reconstruits aux 13ème et 18ème siècles. Une chapelle est ajoutée au chevet en 1876 et le clocher surélevé en 1889. Affaissé depuis, il attend d'être restauré. La gare est construite en 1892 pour accueillir les voyageurs de la rive droite de Seine, soit 50 ans plus tard que pour la rive gauche. Les difficultés liées au terrain impose aux ingénieurs de creuser un tunnel sous l'église. La ferme du paradis est construite au 19ème. Elle occupe toute la colline bâtie dès 1970. La commune sauve quelques bâtiments en 1977 qu'elle réhabilite pour des manifestations culturelles.
Nous remontons face à l'église St Germain de Mézy pour profiter d'un point de vue sur la Seine. Dommage que de l'autre côté du fleuve, l'usine Renault défigure le paysage. Quelle horreur que ces monstrueuses usines ! Plus loin, Apremont nous donne un offre un dernier panorama sur le fleuve et le bourg de Juziers. Là, nous découvrons le lavoir et l'église St Michel, avant d'achever notre circuit.

A savoir : la commune qui s'étage à flanc de coteau est connue depuis le 7ème siècle alors qu'elle appartient en partie à l'abbaye bénédictine de St Pierre en vallée, près de Chartres. En 978, la comtesse Letgarde, veuve du comte de Chartres, lui cède toutes ses terres de Juziers. Le prieuré est fondé en 987 par les moines de Chartres. St Louis, Blanche de Castille et la reine Marguerite y séjournent à l'occasion. Au 12ème, l'église St Michel succède à la chapelle du prieuré. Elle comporte l'une des plus anciennes élévations à trois niveaux d'Ile de France. Le prieuré est brûlé durant les guerres de la Ligue, puis abandonné en 1752 et vendu comme bien national en 1793. Le second empire le convertit en maison de campagne. Au début du 19ème, les cinq lavoirs du village sont couverts grâce à l'arrivée de poteaux en fonte et de tuiles mécaniques. En 1899, la mairie est bâtie pour héberger également l'école des filles et des garçons, ainsi que le logement des instituteurs. Les piliers de la 3ème république sont ainsi réunis jusqu'en 1960.
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